Un jour, une oeuvre : Le Cri, Edward Munch.

Edvard Munch, the scream, 1985, pastel sur bois, 79 x 59 cm, Vente Sotheby's NYC Mai 2012.

Edward Munch, the scream, 1985, pastel sur bois, 79 x 59 cm, Vente Sotheby’s NYC Mai 2012.

Il y a tant et si peu à dire sur cette œuvre. On en tirerait un volume encyclopédique sans jamais approcher d’un kilomètre la sensation première qui nous empare à son observation. C’est ici que nous réalisons que c’est peut être cette approche, celle de la contradiction des ressentis et des études qui convient le mieux à l’œuvre. Le mystère du cri est celui des paradoxes. Une pièce dont la qualité figurative est proche de l’abstraction et qui malgré tout illustre le sentiment humain mieux qu’un être de chair et d’os. Le corps ondulant comme un spectre semble tracé par la main d’un enfant et a néanmoins l’effrayante lourdeur d’une figure tragique. Le visage n’a pas de trait, ni homme ni femme, cet ovale n’est pourtant pas en quête d’identité, il pulvérise la question du caractère unique, des genres et des ethnies.

detail cri edvard munch sotheby's

Que sont en effet ces choses face à l’universalité d’un hurlement d’angoisse, face à la question existentielle qui arrache au calme d’une promenade un cri dont l’écho est perpétuel ? La simplicité du rictus a la qualité double du masque et du vide. Le masque, c’est celui des acteurs de tragédies antiques, personnifiant les sentiments propres à l’homme tout en en dépassant l’entendement. Amour, cupidité, sénilité, terreur… Le vide c’est celui que l’on tente de remplir. En mettant des étoiles dans un ciel qui invite a la contemplation de l’absence de tout, en cherchant une identité à ce visage dont la nudité est intrusive, dont l’aspect lisse est un miroir offrant le panorama de nos propres cris déchirants. La technique ne s’inscrit dans aucun courant. Expressionniste, impressionniste, fauve, symboliste… Encore une fois, les mots semblent liquéfiés par un ressenti qui abat froidement l’analyse plastique. Il reste cette perspective violente, d’un pont qui est pointé sur nous comme un projectile destructeur, qui est une rampe de lancement afin que ce cri puisse venir à nous, faire exploser doucement nos tympans. Contradiction du ciel et de cette eau, rouge volcanique et bleu glacial, semblant vouloir danser ensemble en un tourbillon de frictions hypnotisantes.

detail ciel le cri edvard munch

Contradiction enfin de ces personnes au loin, s’effaçant à mesure que le hurlement jaillit, sur le fil d’une transition entre le monde des hommes et la solitude de la démence. Le ciel rouge proviendrait des retombées de cendre de l’éruption du volcan Krakatoa et le tableau a été vendue pour 120 millions d’euros l’an dernier chez Sotheby’s… Des certitudes qui semblent bien loin maintenant, en suspension sur le bout de nos cheveux hérissés par cette claque visuelle sans prix, sans lieux, sans autre propriétaire que l’entière condition humaine.

Le cri, Edward Munch, exposé jusqu’au 29 Avril 2013 au MOMA, 11 West 53 Street NEW YORK, NY 10019.

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