Port Lligat : toile de fond de l’Oeuvre de Salvador Dalí

Dalí avant le bain, Jean Dieuzaide, 1953, Cadaquès, Port Lligat, Espagne.

Il est des géographies qui marquent l’homme, qui change sa perception des choses ou confortent son imaginaire.

Port Lligat est l’un de ces lieux, Salvador Dalí l’un de ces hommes. Comprendre son œuvre, ou simplement la saisir, c’est partager, parfois sans le savoir, un peu de cet attachement chimérique à un morceau de terre. Le peintre a fait du lieu un mentor, l’a doué de pouvoirs, en a fait un dieu tellurique de l’inspiration. Simple village de pêcheurs, bercé par les flots et voué par amour à hanter bien des chefs d’oeuvres surréalistes. Allons à la croisée de cet art et de cette terre. Une bonne manière d’accompagner, dans le soleil espagnol, la grande exposition Parisienne dédiée à l’artiste (au Centre Pompidou).

Dalí achète cette maison de pêcheur en 1930, afin d’y abriter ses amours interdits avec Gala, femme de Paul Eluard. Le père de Salvador n’accepte pas la liaison de son fils avec une femme plus âgée et surtout mariée. Il le contraint à quitter le domicile familial de Cadaquès. Dali ne le sait pas encore mais ce geste est une bénédiction. Comme une fuite forcée et timide, dans un élan presque contradictoire, Dalí vient s’installer à Port Lligat, village situé a quelques minutes seulement de la maison de ses parents.

Salvador Dalí, Chair de poule inaugurale, 1928, huile sur carton, 76 x 63 cm, Fondation Gala-Salvador Dalí.

C’est une révolution, l’une de ces rencontres illuminées qui bâtissent des icônes.

À compter de ce jour ses œuvres changent. Dali était déjà empreint du surréalisme, mais beaucoup de ses tableaux voyaient leurs sujets évoluer dans un vide spatial, aux couleurs jamais complètement fixées. Ce surréalisme, sans attache, était un monde flottant où le repère manquait.

Salvador Dalí, La Madone de Port Lligat, 1949, huile sur toile, 48 x 37 cm, Marquette University, Milwaukee, Wisconsin.

À Port Lligat, il rencontre l’horizon. Une constante invitation au voyage, que l’on ne peut pourtant pas dépasser. Il est une promesse qui se perd avec l’embrun tout en ne nous quittant jamais. C’est le pendant horizontal du ciel, avec ses mêmes secrets, ses mêmes trésors invisibles, au loin, ses mêmes profondeurs insondables. Ainsi c’est de cette crique, de cette petite maison de pêcheurs que viennent les premiers chef d’oeuvres de Salvador Dalí. Il y a maintenant dans ses peintures ce sol lunaire, cet horizon infini. Ses toiles ont trouvé un référent topographique, un lieu où inscrire leurs vastes rêveries.

En haut, Salvador Dalí, Sevrage du meuble-aliment, 1934, huile sur toile
En bas, vue de la terrasse de la maison de Salvador Dalí, crique de Port Lligat, cadaquès, Espagne.

L’artiste dira un jour: » je ne suis chez moi qu’à Port Lligat. Ailleurs, je ne suis que de passage ». Irrascible amour pour ce petit village, semblable aux lieux de retraite des grands de ce monde, aux noms sans orgueil, aux beautés sans fard, esclaves simplement de la nature et de ses aléas. Autant l’artiste construit son personnage, l’inscrit dans une comédie sociale et mondaine égocentrique, autant il redevient nu et humble dans cette maison sans prétention. David a vaincu Goliath, le géant de l’art, la star mondiale, finit toujours par s’incliner face à la majesté pudique de son petit village.

En haut, Salvador Dali, oeuf sur le plat sans le plat, huile sur toile, 1932.
En bas, vue extérieure de la maison-musée de Salvador Dali.

Port Lligat n’est pas un écrin que l’on découvre et qui devient un fief, ce n’est pas un Saint-Tropez, dont on va prostituer les beautés séculières jusqu’à les ternir, en moins d’un demi-siècle.

Port Lligat est resté un village. Le nom de Dalí y plane, mais comme un simple murmure, une signature sur le sable que la mer emporte à grande hâte. Visiter ce lieu est une éducation, c’est partager l’intimité de la muse de l’un de nos grands artistes. Découvrir enfin que le génie est une entité incorruptible, répondant à ces lieux simples bien mieux qu’aux mirages des grandeurs. Ici, les barques tanguent toujours, attendant de retrouver le large, cet horizon imperturbable qui s’expose dans les plus grands musées du monde et porte en paraphe ces quatre lettres: D A L Í.

Visiter la maison-musée de Dalí (réservation obligatoire)

Exposition Dalí au Centre Pompidou du 21 Novembre 2012 au 25 Mars 2013.

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